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Boire un verre d’eau sans se poser de question. Dans une grande partie du monde, ce geste banal n’en est pas un. L’accès à l’eau potable reste aujourd’hui l’un des défis les plus urgents et les plus complexes de notre époque.

Selon les estimations internationales, des centaines de millions de personnes utilisent encore une eau contaminée ou difficilement accessible. Mais derrière ces chiffres globaux, les réalités varient fortement selon les régions du monde.

Une crise mondiale aux visages multiples

Dans certaines régions d’Asie ou du Moyen-Orient, la question est d’abord quantitative : l’eau manque. Les nappes phréatiques s’épuisent, les fleuves sont surexploités, les sécheresses se multiplient.

En Amérique latine, la problématique est souvent liée à la pollution : exploitation minière, agriculture intensive, déforestation fragilisent les bassins versants.

En Afrique subsaharienne, le défi est souvent double : l’eau existe, mais elle est soit éloignée, soit impropre à la consommation, soit distribuée par des infrastructures fragiles.

L’enjeu ne se résume donc pas à « trouver de l’eau ». Il s’agit de garantir une eau accessible, sûre sur le plan sanitaire, durablement gérée, et appropriée par les communautés : l’accès à une eau potable est un droit fondamental qui devrait être garanti par toutes les instances internationales.

Zone subsahélienne : quand la saison sèche redéfinit le quotidien

Dans la bande subsahélienne, les conditions climatiques imposent un rythme particulier. La saison sèche peut durer jusqu’à six mois. Les pluies sont concentrées sur une courte période. Les sols s’érodent. Les points d’eau se raréfient.

Dans ces contextes, les populations rurales dépendent souvent de :

  • forages à pompe manuelle, qui malgré leur pénibilité de manipulation, restent une solution préférable aux pompes électriques, souvent immobilisées par des délestages.
  • puits communautaires,
  • mares temporaires et marigots, dont les eaux sont souvent impropres à la consommation.

Malheureusement, certaines régions, comme l’Atacora ou le Zou-Collines, ont une configuration de terrain très rocheuse, qui rend les forages compliqués et très coûteux, l’eau se trouvant à des profondeurs pouvant dépasser les 100m. Il peut s’avérer nécessaire d’abandonner un forage pour creuser un peu plus loin.

C’est pour cela que certains villages ont des puits qui sont en eau pendant la saison des pluies, mais qui s’assèchent très rapidement en inter-saison. Aussi, lorsque les pompes tombent en panne ou que les sources s’assèchent, les familles se tournent vers des eaux de surface, avec des risques sanitaires bien connus : maladies hydriques, diarrhées, infections.

Le changement climatique accentue cette fragilité. Les infrastructures existantes, souvent importées et coûteuses à maintenir, peinent à suivre.

Nord du Bénin : entre résilience et vulnérabilité

Dans les Montagnes de l’Atacora, au nord du Bénin, la saison sèche marque profondément la vie des villages. L’accès à l’eau potable devient une priorité quotidienne. Les distances à parcourir augmentent. Les points d’eau sont sollicités au maximum.

Plus au sud, dans la région du Zou-Collines, la pluviométrie est plus favorable, mais la pression agricole et la dégradation progressive des sols fragilisent la qualité des ressources.

Dans ces territoires, la question n’est pas uniquement hydraulique. Elle est sociale, économique et environnementale.

Une autre approche : penser simple, penser local

Face à ces défis, une évidence s’impose : les solutions lourdes et complexes ne sont pas toujours les plus adaptées. Les équipements sophistiqués, dépendants de pièces importées, peuvent devenir inutilisables faute de maintenance.

Les approches les plus prometteuses sont souvent :

  • low-tech,
  • réparables localement,
  • basées sur des matériaux disponibles,
  • compréhensibles et appropriables par les habitants.

C’est dans cette logique qu’est né le projet « Eau pour l’Atacora ».

Un projet né du terrain

Porté localement par l’association La Perle de l’Atacora, et soutenu méthodologiquement par EPPIS avec la contribution académique de l’EPF, le projet ne cherche pas à imposer une solution miracle.

Il part d’une démarche simple mais exigeante :

  1. Recenser ce qui fonctionne déjà dans le monde.
  2. Comprendre pourquoi cela fonctionne.
  3. Tester les solutions dans un cadre maîtrisé.
  4. Adapter et co-construire avec les communautés.

Les étudiants au cœur de la recherche

Une dizaine d’apprentis ingénieurs se sont engagés dans un travail d’inventaire mondial des techniques existantes.

Leur travail est structuré par thématiques :

  • solutions phyto-biologiques : moringa, biochar, plantes filtrantes ;
  • solutions biomécaniques : réoxygénation gravitaire, filtration lente, pompes à corde ;
  • systèmes hybrides combinant nature et mécanique simple ;
  • technologies intermédiaires adaptées aux contextes ruraux.

Chaque équipe analyse les performances, les coûts, la maintenance, la transférabilité au contexte subsahélien.

Avant toute expérimentation au Bénin, des tests sont réalisés en France. L’objectif : éviter toute démarche improvisée et garantir une base scientifique solide.

Une dynamique collective

En parallèle, le projet s’organise :

  • élaboration d’un budget structuré,
  • recherche de cofinancements,
  • mobilisation de partenaires,
  • campagne d’information auprès des étudiants,
  • reconnaissance académique dans le cadre des ECT.

Le projet ne se limite pas à une étude technique. Il devient aussi un laboratoire pédagogique et un espace de coopération internationale équilibrée.

Au-delà de l’eau : une question de responsabilité

L’accès à l’eau potable est un enjeu mondial. Mais il prend un sens particulier lorsqu’il est abordé à l’échelle d’un territoire, d’un village, d’une communauté.

« Eau pour l’Atacora » ne promet pas une solution universelle. Il propose une méthode : observer, comprendre, tester, adapter.

Dans un monde où les réponses sont souvent standardisées, cette approche rappelle qu’une solution durable commence toujours par l’écoute du terrain.

Quelques sources

🌍 Données mondiales sur l’accès à l’eau potable

🔹 OMS / UNICEF – Joint Monitoring Programme (JMP)
Rapports mondiaux sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène
https://washdata.org

🔹 Organisation mondiale de la santé (OMS)
Fiches sur l’eau potable et les maladies hydriques
https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/drinking-water

🔹 UN-Water
Données sur l’Objectif de Développement Durable 6 (ODD 6)
https://www.unwater.org

🔹 Banque mondiale – Water Global Practice
https://www.worldbank.org/en/topic/water

🌍 Zone sahélienne et Afrique subsaharienne

🔹 Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)
Rapports sur vulnérabilité climatique et résilience
https://www.undp.org

🔹 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC/IPCC)
Rapports sur l’impact du changement climatique en Afrique
https://www.ipcc.ch

🔹 AFD – Eau et assainissement en Afrique
https://www.afd.fr

Bénin et nord du pays

🔹 Ministère de l’Eau et des Mines du Bénin
Documents stratégiques et politiques nationales de l’eau

🔹 UNICEF Bénin – Eau, hygiène et assainissement
https://www.unicef.org/benin

🔹 Eco-Bénin (travaux sur tourisme durable et gestion territoriale)
https://www.ecobenin.org

🔹 UNESCO – Koutammakou (site classé)
https://whc.unesco.org/en/list/1140/

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